Festival 2008
Esquisses d’une ville, (éditions équinoxes, collection carrés d’art de Bretagne)
préfacé par Jean-François Coatmeur
"Brest, la blanche", "Brest, la grise". Condamnée par les pertes des traces de son histoire, Brest est dénuée pour certains, de toute beauté architecturale. A l’image de ses ciels et de ses façades, la ville porte en elle, le voile gris d’une profonde mélancolie. Le traumatisme de la destruction encore profondément enfoui dans la mémoire collective, les Brestois eux-mêmes, ont tendance à se réfugier dans le souvenir fantasmé d’une ville passée magnifiée. Ils entretiennent souvent une relation ambiguë d’attachement et de répulsion avec leur cité, en partie liée à cette absence de passé.
Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, qu’on la trouve dure ou chaleureuse, "Brest la blanche", la rouge, ou la grise, ne laisse pas indifférent.Mais à ceux qui critiquent sa froide orthogonalité, est-il nécessaire de leur rappeler qu’il fallut reconstruire vite, relancer la machine économique, afin d’ offrir aux sinistrés un avenir meilleur, grâce à une ville nouvelle ouverte à la modernité ? "Brest la blanche" des années cinquante, avec son tissu urbain aux artères rigoureusement dessinées, net, fonctionnel, constitue désormais l’essentiel du patrimoine de cette deuxième, et troisième génération qui n’a pas connu "d’avant". Le "d’avant" des remparts de Vauban, le "d’avant" des abords de l’arsenal, le "d’avant" des ruelles sombres et sinueuses où déambulaient marins ivres et prostituées, le "d’avant" des maisons de granit… Ce "d’avant" des vieilles pierres, qui permettent aux habitants d’ autres villes de vivre en harmonie avec l’héritage de leur passé.Ce "d’avant-guerre"… formule omniprésente dans le vocabulaire des Brestois, apparaissant comme le lapsus révélateur de cette rupture de l’histoire…










